Les allergies sont un sujet de santé publique. Le sans gluten est un marché porteur, en forte croissance. Néanmoins, l’estimation de ce marché reste complexe et les dérives existent.

 

L’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) a défini les allergies comme le 4ème problème de santé publique mondial. Ainsi, si l’on compare les pays et leurs traditions culinaires, on remarque qu’en général les pays où il y a le plus de personnes allergiques sont ceux où l’aliment est le plus consommé. Par exemple, aux Etats-Unis, où les américains sont de gros consommateurs de beurre de cacahuète, le principal allergène est l’arachide. A l’opposé au Japon, les japonais sont particulièrement allergiques au riz.

En France, entre 2 et 4% de la population est concernée par les allergies alimentaires, soit 1,2 à 2,4 millions de personnes (source: Biolinéaire mai 2015).
 
L’estimation de ce marché est complexe car on distingue différents segments :
  • Les produits pour allergiques et intolérants : segmentation officielle liée à une problématique nutritionnelle ou une maladie (par exemple, le « sans gluten » avec la maladie cœliaque pour laquelle il y a une prise en charge par la sécurité sociale) .
  • Les produits « sans » (lait, œuf, soja…) qui ne repose pas toujours sur une règlementation officielle et/ou médicale .
  • Le Vegan, Raw Food qui fait l’objet d’une démarche personnelle, éthique ou nutritionnelle.
 
D’après une étude Xerfi de 2015 (données GMS), les segments des produits pour allergiques et intolérants et les produits « sans » ont connu une croissance de +8% en 2014 avec un chiffre d’affaires de 183 millions d’euros. Le sans gluten représentait 54 millions d’euros, le lactose 79 millions d’euros et le soja 50 millions d’euros. En comparaison, le marché du bio représentait environ 5 milliards d’euros en 2014.
 

Le marché du sans gluten

Les produits phares du marché du sans gluten représentaient environ 80 millions d’euros en 2014 en France (contre environ 60 millions d’euros en 2013). 87 marques de produits sans gluten étaient sous licences et référencés par l’AFDIAG au 1er trimestre 2014, soit 1222 produits sécurisés en 2014 (source : dossier de presse AFDIAG 2014).

Marché sans gluten

Le marché du sans gluten en Europe

 

La France est un marché à la traîne en comparaison des autres pays (Italie, Angleterre, Allemagne ou Royaume-Uni) avec lesquels on constate un écart significatif.
(source: Biolinéaire mai 2015)
 
 
 

 Un marché potentiel de plusieurs centaines de millions d’euros

 
Différentes sources font état qu’il y aurait actuellement 60 000 personnes malades coeliaques (soit 1% de la population française) et quelques 600 000 personnes non diagnostiquées.

On a assisté à un basculement du marché du « sans gluten » il y a 2-3 ans avec une mutation de la figure du consommateur « sans ». Les consommateurs historiques étaient les malades (principalement maladie coeliaque ou dermatite hépatiforme) et les produits « sans gluten » étaient fabriqués pour ces consommateurs.

Aujourd’hui, on distingue deux consommateurs types : les malades ne représentent plus que 50% du marché, les 50% restants correspondent à une clientèle qui achète des produits « sans gluten » pour des raisons de confort. Cette clientèle est constituée de personnes hypersensibles au gluten diagnostiquée (c’est médicalement prouvée que leur état s’améliore lors de la suivie d’une alimentation sans gluten) et de suiveurs. Ce sont ces suiveurs qui ont fait évolué le marché du sans gluten. Le marché a pu se développé grâce à eux avec ses avantages et ses dérives car ces consommateurs ne craignent pas les produits contaminés (versus les personnes malades).

Le marché du sans gluten : entre opportunité et dérives

 
Le risque lié à l’annonce de ces chiffres est de faire un amalgame. Beaucoup d’entreprises se créent sur le marché du sans gluten par pure opportunisme et sans connaissances préalables de la maladie cœliaque.
 
Cela favorise une dérive du marché. D’une part, la majorité de ces entreprises font faillite car elles ont basées leur business model sur des chiffres qui ne sont pas réalistes. D’autre part, et ce qui est bien plus dangereux, c’est que ces entreprises ouvrent des lieux de restauration ou lancent des produits sans gluten alors même qu’elles ne connaissent pas la législation et n’auront fait aucune analyse.
 
Ainsi, si les matières premières achetés pour fabriquer des produits sans gluten peuvent être sans gluten, sans analyse préalable, elles peuvent s’avérer non consommables par des consommateurs sans gluten suite à des contaminations croisées à divers endroits de la chaîne de production.
 
Si l’on prend l’exemple d’une entreprise qui s’approvisionne en riz chez un céréalier. Le riz ne contient pas de gluten mais s’il est produit et livré par une entreprise céréalière de blé, alors le riz livré peut être contaminé. Seul l’analyse des seuils de gluten contenus dans les matières premières et le produit fini permettent de s’assurer que le produit est consommable par des personnes malades.
 
La réglementation impose un seuil à 20 mg/kg dans le produit fini pour pouvoir être labellisé « sans gluten ». Hors le principe qui s’applique aujourd’hui sur ce marché en développement est celui du « pas vu, pas pris ». Ce risque peut être pris sans gravité pour les consommateurs suiveurs mais est mortel pour les consommateurs historiques (malades).
 

Evolution et structuration du marché : un parallèle avec le Bio

 
On peut comparer le développement du marché du sans gluten à celui du marché du Bio aux Etats-Unis dans les années 70. L’essor du marché du bio aux Etats-Unis a donné lieu à des dérives avec la prolifération d’entreprises se réclamant bio. La FDA a alors légiférer pour réguler le marché en définissant la notion de produits bio et les seuils à respecter pour pouvoir apposer la mention bio sur ces produits.
 
 
En conclusion,
 

Le marché du sans gluten est en pleine croissance, porté par l’élargissement des cercles de consommateurs. Il va néanmoins falloir que l’Etat éduque les entreprises sur les processus à mettre en place lorsqu’une entreprise se réclame “sans gluten” afin d’éviter les dérives.